Arnaud Brotons, Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, présentera ce samedi une conférence à partir du Dit des Heike

La cour impériale de Heian, située dans l’actuelle Kyôto, connaît pour la première fois de son histoire le tumulte d’affrontements violents au cours du XIIe siècle. La brutalité des combats plongent la noblesse et la cour dans la stupéfaction. Ces combats annoncent le monde féodal incarné par le guerrier, le samouraï, qui apparaît pour les élites nobiliaires tout à la fois comme un rustre méprisable et un allié indispensable pour préserver ou rétablir l’ordre. Ces combats donnèrent naissance à une littérature épique dans laquelle le courage guerrier et la fidélité de ces hommes sont exaltés. C’est aussi à travers ces récit que se fait jour un questionnement sur la place qu’il convient de donner au glaive par rapport au trône royal. 

A travers le récit de ces évènements, qui marquèrent l’entrée dans le Moyen âge japonais, nous nous intéresserons plus particulièrement aux liens qui se nouèrent entre le guerrier et le souverain. 

 

 

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The International Noh Institute -

Udaka Michishige as Taira no Tomomori. Photograph: Irwin Wong.

 

La postérité du Dit des Heike

René Sieffert, le traducteur du Heike monogatari, affirmait : « Il est à peine exagéré de dire que presque toute la littérature postérieure est, à titre divers, plus ou moins tributaire, pour la forme et pour le fond, du Heike monogatari dont le théâtre du XVIIe siècle, en particulier descend en ligne directe » (Sieffert 1986/1987). La postérité de cette œuvre, au même titre que le Dit du Genji, est donc immense. Son influence c’est aussi exercée sur les arts de la scène, théâtre nô à partir du XIVe siècle, théâtre de kabuki ou théâtre de marionnettes, ningyô-jôruri, à partir du XVIIe siècle. En 1372, l’année qui suit la transcription par Kakuichi du Dit des Heike, Kan.ami (1333-1384) et son fils Zeami (1363-1443), à l’origine du théâtre , exécutent pendant sept jours des représentations de sarugaku, l’ancêtre du , au sanctuaire Senryû-gû du temple Daigo-ji. Zeami a donc baigné durant sa jeunesse dans l’univers des récits épiques colportés par ces moines. Dans le répertoire actuel, qui compte près de deux cent quarante pièces, on compte une trentaine de nô inspirés du Dit des Heike, soit près de trois fois le nombre de pièces consacrées aux vainqueurs, les Minamoto. Ainsi il semble possible de dire que le nô a constitué une « mise en théâtre », au sens propre, des récits colportés par les joueurs de biwa. Dans les pièces de guerriers (shuramono) […] l’une des cinq catégories de nô qui mettent presque exclusivement en scène des batailles perdues, on retrouve un nombre important d’extraits du Dit des Heike.

Arnaud Brotons

In De l’épopée au Japon : Narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike

Sous la direction de Claire Akiko Brisset, Arnaud Brotons et Danièle Struve

Riveneuve éditions