Suite et fin de l’introduction de René Shieffert

« Dans leurs tribulations,  les Heiké emmenaient toujours le jeune Empereur et les regalia. (…)

Le livre dixième indique une pause avant l’affrontement final. (…)

Le dénouement est proche. Les Genji préparent leur flotte pour aller débusquer les Heiké de leur retraite de Yashima. En pleine tempête, Yoshitsuné, avec cinq navires seulement et moins de cent cavaliers, traverse de nuit le détroit, et par une manœuvre audacieuse amène l’ennemi à rembarquer précipitamment. Les Heiké cinglent vers l’ouest, mais sont rejoints par la flotte adverse, grossie de tous les alliés de la dernière heure et de tous les déserteurs qui abandonnent la cause perdue. Un combat désespéré s’engage qui verra la mort de tous les principaux du clan, à l’exception de Munémori et de son fils. Le récit atteint son plus haut point d’intensité au moment où la veuve de Kiyomori prend le jeune Empereur dans ses bras et se jette à la mer avec lui. L’Impératrice-mère est repêchée ainsi qu’un certain nombre de dames que les vainqueurs ramèneront à la Ville. Là se place un développement des plus significatifs.  L’Empereur Retiré avait ordonné à Yoshitsuné de rapporter les Trois Trésors. Or si l’on avait bien retrouvé le miroir et le joyau, le sabre avait bel et bien disparu. C’est l’occasion de rappeler les origines divines de ces objets. La disparition de l’arme sacrée n’était-elle pas une preuve de plus que le monde était entré dans son dernier âge ?

La suite est une nouvelle succession d’atrocités qui rappellent les massacres sur lesquels s’achevaient les dits de Hôgen et de Heiji. Munémori et son fils sont exécutés après avoir été présentés à Yorimoto. Puis l’on recherchera tous les survivants des Heiké, jusqu’aux petits enfants que l’on arrachera à leurs mères pour les poignarder ou les noyer. Cependant la discorde s’est insinuée entre Yoritomo et Yoshitsuné. (…)

Un seul des Taïra cependant a échappé à toutes les recherches. Or il s’agit de l’aîné de la branche aînée, le jeune fils de Korémori, Rokudaï.

le moine Mongakule moine Mongaku (image Internet)

On finira par le découvrir et sa peine parait inéluctable lorsqu’intervient le saint homme Mongaku touché par les supplications de la nourrice du jeune seigneur. Il consent à engager son crédit auprès de Yoritomo pour le sauver. Il se rend donc à Kamakura, et au terme d’une dramatique attente, revient juste à temps pour arrêter le sabre déjà levé de l’exécuteur. Rokudaï entre en religion et se fait le disciple de son sauveur. Il survivra jusqu’à l’âge de trente ans, mais finira par être exécuté lui aussi. Et c’est ainsi que mourut le dernier des Heiké.

Minamoto no YoritomoYoritomo (image Internet)

Là s’arrêtent les versions en douze livres. Mais la tradition la plus répandue, celle dite de la « vulgate » (rufu-bon) comporte un treizième livre qui est une sorte de récapitulation, de réflexion aussi sur le destin des Heiké. »

 

Ici s'arrête l'extrait choisi de l'introduction,

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012