Chaire KAWABATA - ASSOCIATION FRANCE JAPON

PROCHAINE INVITATION A LA CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Arnaud Brotons, Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, présentera ce samedi une conférence à partir du Dit des Heike

La cour impériale de Heian, située dans l’actuelle Kyôto, connaît pour la première fois de son histoire le tumulte d’affrontements violents au cours du XIIe siècle. La brutalité des combats plongent la noblesse et la cour dans la stupéfaction. Ces combats annoncent le monde féodal incarné par le guerrier, le samouraï, qui apparaît pour les élites nobiliaires tout à la fois comme un rustre méprisable et un allié indispensable pour préserver ou rétablir l’ordre. Ces combats donnèrent naissance à une littérature épique dans laquelle le courage guerrier et la fidélité de ces hommes sont exaltés. C’est aussi à travers ces récit que se fait jour un questionnement sur la place qu’il convient de donner au glaive par rapport au trône royal. 

A travers le récit de ces évènements, qui marquèrent l’entrée dans le Moyen âge japonais, nous nous intéresserons plus particulièrement aux liens qui se nouèrent entre le guerrier et le souverain. 

 

 

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The International Noh Institute -

Udaka Michishige as Taira no Tomomori. Photograph: Irwin Wong.

 

La postérité du Dit des Heike

René Sieffert, le traducteur du Heike monogatari, affirmait : « Il est à peine exagéré de dire que presque toute la littérature postérieure est, à titre divers, plus ou moins tributaire, pour la forme et pour le fond, du Heike monogatari dont le théâtre du XVIIe siècle, en particulier descend en ligne directe » (Sieffert 1986/1987). La postérité de cette œuvre, au même titre que le Dit du Genji, est donc immense. Son influence c’est aussi exercée sur les arts de la scène, théâtre nô à partir du XIVe siècle, théâtre de kabuki ou théâtre de marionnettes, ningyô-jôruri, à partir du XVIIe siècle. En 1372, l’année qui suit la transcription par Kakuichi du Dit des Heike, Kan.ami (1333-1384) et son fils Zeami (1363-1443), à l’origine du théâtre , exécutent pendant sept jours des représentations de sarugaku, l’ancêtre du , au sanctuaire Senryû-gû du temple Daigo-ji. Zeami a donc baigné durant sa jeunesse dans l’univers des récits épiques colportés par ces moines. Dans le répertoire actuel, qui compte près de deux cent quarante pièces, on compte une trentaine de nô inspirés du Dit des Heike, soit près de trois fois le nombre de pièces consacrées aux vainqueurs, les Minamoto. Ainsi il semble possible de dire que le nô a constitué une « mise en théâtre », au sens propre, des récits colportés par les joueurs de biwa. Dans les pièces de guerriers (shuramono) […] l’une des cinq catégories de nô qui mettent presque exclusivement en scène des batailles perdues, on retrouve un nombre important d’extraits du Dit des Heike.

Arnaud Brotons

In De l’épopée au Japon : Narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike

Sous la direction de Claire Akiko Brisset, Arnaud Brotons et Danièle Struve

Riveneuve éditions

 

 

 

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NOTEZ LA PROCHAINE INVITATION A LA CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Suite et fin de l’introduction de René Shieffert

« Dans leurs tribulations,  les Heiké emmenaient toujours le jeune Empereur et les regalia. (…)

Le livre dixième indique une pause avant l’affrontement final. (…)

Le dénouement est proche. Les Genji préparent leur flotte pour aller débusquer les Heiké de leur retraite de Yashima. En pleine tempête, Yoshitsuné, avec cinq navires seulement et moins de cent cavaliers, traverse de nuit le détroit, et par une manœuvre audacieuse amène l’ennemi à rembarquer précipitamment. Les Heiké cinglent vers l’ouest, mais sont rejoints par la flotte adverse, grossie de tous les alliés de la dernière heure et de tous les déserteurs qui abandonnent la cause perdue. Un combat désespéré s’engage qui verra la mort de tous les principaux du clan, à l’exception de Munémori et de son fils. Le récit atteint son plus haut point d’intensité au moment où la veuve de Kiyomori prend le jeune Empereur dans ses bras et se jette à la mer avec lui. L’Impératrice-mère est repêchée ainsi qu’un certain nombre de dames que les vainqueurs ramèneront à la Ville. Là se place un développement des plus significatifs.  L’Empereur Retiré avait ordonné à Yoshitsuné de rapporter les Trois Trésors. Or si l’on avait bien retrouvé le miroir et le joyau, le sabre avait bel et bien disparu. C’est l’occasion de rappeler les origines divines de ces objets. La disparition de l’arme sacrée n’était-elle pas une preuve de plus que le monde était entré dans son dernier âge ?

La suite est une nouvelle succession d’atrocités qui rappellent les massacres sur lesquels s’achevaient les dits de Hôgen et de Heiji. Munémori et son fils sont exécutés après avoir été présentés à Yorimoto. Puis l’on recherchera tous les survivants des Heiké, jusqu’aux petits enfants que l’on arrachera à leurs mères pour les poignarder ou les noyer. Cependant la discorde s’est insinuée entre Yoritomo et Yoshitsuné. (…)

Un seul des Taïra cependant a échappé à toutes les recherches. Or il s’agit de l’aîné de la branche aînée, le jeune fils de Korémori, Rokudaï.

le moine Mongakule moine Mongaku (image Internet)

On finira par le découvrir et sa peine parait inéluctable lorsqu’intervient le saint homme Mongaku touché par les supplications de la nourrice du jeune seigneur. Il consent à engager son crédit auprès de Yoritomo pour le sauver. Il se rend donc à Kamakura, et au terme d’une dramatique attente, revient juste à temps pour arrêter le sabre déjà levé de l’exécuteur. Rokudaï entre en religion et se fait le disciple de son sauveur. Il survivra jusqu’à l’âge de trente ans, mais finira par être exécuté lui aussi. Et c’est ainsi que mourut le dernier des Heiké.

Minamoto no YoritomoYoritomo (image Internet)

Là s’arrêtent les versions en douze livres. Mais la tradition la plus répandue, celle dite de la « vulgate » (rufu-bon) comporte un treizième livre qui est une sorte de récapitulation, de réflexion aussi sur le destin des Heiké. »

 

Ici s'arrête l'extrait choisi de l'introduction,

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

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PROCHAINE INVITATION A LA CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Poursuivons de lire l'introduction du Dit des Heiké par René Schieffert

« Après le retour piteux des héros de cette mésaventure, Kiyomori aura une dernière occasion de féroce satisfaction. Les moines de Nara, arrivés après la bataille d’Uji nourrissaient une solide rancune, à l’égard des Heiké qui avaient toujours favorisé leurs rivaux de la Montagne. Ils multipliaient donc les provocations et c’était là plus qu’il n’en fallait à Kiyomori pour ordonner une expédition punitive, confiée à son quatrième fils Shigéhira. Ce jeune homme qui apparait ici pour la première fois, est apparemment un bien médiocre général lui aussi. Pour éclairer la mêlée confuse qui se prolonge dans la nuit d’hiver au milieu d’une tempête, il demande des torches; ses hommes se méprennent sur le sens de cet ordre et s’empressent de mettre le feu aux bâtiments, et c’est ainsi que sont détruits les plus vénérables monastères de la ville et des trésors d’art sacré inestimables, dont la statue géante de Vairocana érigée au VIIIe siècle. Kiyomori exprime sa satisfaction, mais la consternation est générale. Shigéhira, en qui nous découvrons au livre dixième un homme de cœur et de goût, artiste et poète, parfait dévot de surcroit, est atterré par les conséquences de son incapacité.

Désormais les événements vont se précipiter. C’est d’abord la mort de l’ancien Empereur, gendre de Kiyomori, âgé de vingt ans à peine. Puis au moment même où les Heiké, inquiets des nouvelles qui leur parviennent des provinces de l’Est, se disposent à envoyer une nouvelle expédition, un mal épouvantable s’empare de Kiyomori qui meurt bientôt dans d’affreuses souffrances. Et le livre sixième s’achève sur l’annonce de nouveaux désastres.

Désormais les choses iront de mal en pis. » (…)

Minamoto no Yoshinaka prend l’avantage sur les Heiké lors de la bataille de Kurikara. L’Empereur Retiré se rallie à Yoshinaka et lui décernera l’appellation de Général du Soleil Levant. Mais en même temps il se rapproche de Minamoto no Yoritomo, son cousin,  et lui donne le titre de Généralissime pour la Soumission des Barbares. Yoritomo souhaite en finir avec Yoshinaka et  lance contre lui une puissante armée commandée par ses frères Yoshitsuné et Noriyori. Au cours de diverses péripéties, Yoshinaka  batta en retraite, et sera tué lors de la terrible bataille d’Awazu.

pic2657391Bataille de Kurikava (image Internet)

« Les Heiké cependant qui sont allés dans un premier temps jusque dans l’île de Kyu-shû, en ont été refoulés par leurs propres vassaux. Ils ont malgré tout refait leurs forces et sont de nouveau près de cent mille hommes qui se regroupent non loin de Fukuhara, au val d’Ichi-no-tani, forteresse naturelle dont ils renforcent les défenses. L’espoir renaît de rentrer un jour dans la Ville toute proche. Mais cet espoir ne tardera pas à être déçu. Un an jour pour jour après la mort de Kiyomori se livre la bataille mémorable qui fera la gloire de  Yoshitsuné.  Tandis que le gros de l’armée des Genji, en effet, attaquait de front, le jeune général contournait les position ennemies par les montagnes et en dévalait avec sa troupe par une pente si abrupte que les Heiké avaient jugé inutile de se prémunir de ce côté-là. Dès lors c’est la débandade et le massacre. (…) Le livre neuvième s’achève sur l’émouvante histoire de Kozaïshô, l’épouse de Michimori, l’un des neveux de Kiyomori, qui vient d’être tué dans la bataille. Désespérée, l’épouse inconsolable se jette à la mer. »

 

Yoshu_Chikanobu_Tomoe_GozenBataille d'Awzu (image Internet)

 

 

A SUIVRE…

Suite de l’introduction de René Shieffert

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

 

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CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Nous poursuivons notre lecture de l'Introduction au Dit des Heike par René Sieffert,

« Cependant pour échapper aux entreprises des moines, Kiyomori se livre à ce qui sera sa dernière extravagance : il décide en effet le transfert de la capitale à Fukuhara. La  confusion qui s’ensuivit et les conséquences désastreuses de l’opération  avaient frappé les esprits au point que Kamo no Chômei, dans ses Notes de l’Ermitage (Hôjo-ki), la place au même rang que les cataclysmes naturels - tremblement de terre, tornade, incendies et peste- qui avaient dépeuplé la Ville à la fin du XIIe siècle, et que d’aucuns prenaient pour autant de signes de la venue du « dernier âge du monde » prédit par certains livres bouddhiques. Les prodiges terrifiants cependant se multiplient, tandis que dans les provinces les Genji s’agitent. C’est alors que l’on voit intervenir un étrange personnage, l’ascète Mongaku dont le livre cinquième nous fait un portrait haut en couleur. Sous le nom de Moritô, il n’est pas inconnu du public français, puisqu’il n’est autre que le héros de La Porte d’Enfer, l’un des chefs-d’œuvre du cinéma japonais. Après l’assassinat de la belle Késa qu’il avait poursuivi en vain, il était en effet, entré en religion en même temps que son rival, l’époux de la défunte.

imagesImage Internet

Le Dit des Heiké rapporte ce qui doit être la légende populaire de ce saint plutôt douteux, qui en fait devait tenir davantage de l’agent secret que du thaumaturge. Toujours est-il que exilé dans la même province que Yoritomo, nous le voyons exciter ce dernier à la révolte en brandissant un vieux crâne qu’il prétend être celui de Yoshitomo. Il fallait sans doute des arguments autrement solides pour vaincre les réticences d’un homme qui se distinguera davantage par sa prudence et son sens politique que par la valeur militaire dont il se défiera toujours.

Mongaku+03Le moine Mongaku (image Internet)

Quoi qu’il en soit, Mongaku se rend à Fukuhara et dans le plus grand secret obtint de l’Empereur Retiré un décret ordonnant au chef des Genji d’abattre les Heiké, rebelles à la Cour. L’agitation règne dans les huit provinces orientales, les fidèles des Genji se rassemblent  en une puissante armée contre laquelle les Heiké envoient soixante-dix mille cavaliers commandés par des jeunes gens du clan, troupe disparate et généraux de parade qui décampent précipitamment en pleine nuit, effrayés par l’envol soudain d’oiseaux d’eau d’un marécage. La scène est l’une des plus extraordinaires de l’ouvrage par la rigueur de la composition, la puissance d’évocation et l’humour caustique. »

A SUIVRE…

 

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

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PROCHAINE INVITATION A LA CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Le dit des Heiké, suite de l’introduction de René Shieffert...

 

"L’orgueilleuse  Maison est à l’apogée de sa fortune et, pour reprendre une parole du Grand Conseiller Tokitada, beau-frère de Kiyomori « quiconque n’appartient à notre Maison doit être tenu pour moins qu’un homme » (…)

 

Mais, et c’est ici le lieu de reprendre les termes de la préface de l’ouvrage, « ce qui prospère, nécessairement déchoit ; l’orgueilleux certes ne dure, tout juste pareil au songe d’une nuit de printemps », soudain Shigémori le Sage, l’espoir du clan, tombe malade. Persuadé que le dieu de Kumano à qui il a demandé comme une faveur de le faire mourir avant le déclin de sa Maison si les forfaits de son père devaient avoir de funestes conséquences, il refuse le secours de la médecine et trépasse. Kiyomori tout en le pleurant sincèrement, profite aussitôt de sa disparition pour bannir l’Empereur Moine dans sa villa de Toba, loin de la Cour et de ses tentations. Ainsi s’achève, avec le livre troisième, le premier acte du drame. Rien n’y manque, pas même, dans le deuil et la désolation qui marque la mort de  Shigémori, la joie des partisans du second fils Munémori.

portrait-of-taira-no-shigemoriShigemori le Sage (image internet)

Le second acte se joue dans les trois livres suivants, et se termine, au sixième, par la mort de Kiyomori. C’est d’abord la révolte inattendue d’un vieux Genji, Yorimasa, qui pourtant en Heiji avait opportunément trahi Yoshitomo en pleine bataille pour se rallier aux vainqueurs. Poussé à bout par l’insolence de Munémori, cet homme de soixante-dix ans , qui toute sa vie s’était signalé par sa prudence, encourage le second fils de Go-Shirakawa, le frère donc de l’Empereur qui vient d’abdiquer, à prendre la tête d’un complot destiné à le porter sur le trône. Malheureusement ce dessein est révélé trop tôt, et peut être aussi les Genji du Nord et de l’Est se défiaient ils de celui qui avait  jadis  trahi; toujours est-il que le Prince doit chercher refuge au monastère de Mii, sur les bords du lac Biwa. De là il cherchera à gagner Nara, la Ville du Sud, dont les grands monastères se sont ralliés à sa cause, mais il est tué, ainsi que Yorimasa et ses fils, à la bataille du pont d’Uji qui est probablement la première grande bataille  de l’histoire  du Japon. La charge furieuse des vingt-huit mille cavaliers des Heiké en direction du pont que l’ennemi avait coupé, puis la traversée à gué de la rivière en crue et le suicide de Yorimasa vaincu, ont abondamment inspiré peintres et dramaturges (un nô très apprécié retrace la mort du vieux guerrier)."

Taira_no_MunemoriTaïra no Munémori (image internet)

 

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

A suivre...

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CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Poursuivons la lecture d'introduction au Dit des Heike de René Sieffert,

 

"Une opposition cependant subsiste qui se cristallise autour de l’Empereur Retiré, esprit tortueux dont les intrigues tendront pendant plus de vingt ans à brouiller le jeu politique, et que Kiyomori, qui d’abord l’avait utilisé, finit par poursuivre d’une haine inexpiable. Opposition disparate, composée de quelques Fujiwara mécontents d’avoir été oubliés dans les promotions, d’anciens familiers de Shinsei aussi, gens de basse extraction qui sous l’habit de moine cherchent à pêcher en eau trouble. Et ce sera la première alerte grave : le complot du Val aux Cerfs animé par le Grand Conseiller Narichika dont la fille pourtant est l’épouse de Korémori, l’aîné  des petits fils de Kiyomori, et surtout par le moine Shunkan, prélat de Cour qui a accumulé les bénéfices ecclésiastiques grâce à la faveur conjointe de l’Empereur et des Heiké. L’affaire se complique encore du fait des moines de la Montagne, du Mont Hiei qui domine la Ville, haut lieu et siège de la secte Tendaï. Ceux-ci exaspérés par les exactions de certains protégés de l’Empereur Retiré, descendent en force sur la Ville pour exiger de ce dernier que justice soit faite. Les Heiké défendent le Palais au risque d’encourir à leur tour la vindicte des moines, mais le complot découvert, ils ne seront que trop contents de se les concilier en frappant dans l’entourage du Prince ceux-là même qui par un hasard providentiel se trouvent être les pires ennemis de la communauté de la Montagne.

300px-Taira_no_KiyomoriTaïra no Kiyomori (image internet)

Les principaux conjurés exécutés ou exilés, Kiyomori se propose de déporter l’Empereur Retiré lui-même.  Il se heurte toutefois à son fils aîné, chef nominal du clan depuis que lui-même est entré en religion, qui lui fait les remontrances qu’un fils dévoué doit à son père, dans un long discours qui est un exposé du plus haut intérêt des principes de la morale politique. Mieux que par ce discours toutefois, Kiyomori sera convaincu par une démonstration pratique que lui inflige Shigémori. Ce dernier, en effet, revenu à sa résidence de Komatsu, convoque le ban et l’arrière ban du clan, tant et si bien que son père se retrouve seul et n’a d’autre ressource, en bon moine, que d’aller dans son oratoire invoquer les bouddhas, « mais le cœur n’y était point » !

Or cependant que les dissensions internes entre moines (…) finissent par ruiner la Montagne, des préoccupations plus importantes se sont emparées des Heiké : l’épouse impériale est enceinte, mais la grossesse est difficile. Selon les croyances du temps, nul doute que cela est dû à l’intervention d’esprits malfaisants, et plus précisément des esprits de tous ceux que Kiyomori a impitoyablement écrasés aux cours de sa tumultueuse carrière. L’on s’emploiera donc à les identifier d’abord, puis à les apaiser par des mesures appropriées, en accordant notamment aux plus importants d’entre eux des promotions posthumes. Mais un vivant même peut, sous l’effet de la haine, projeter sur ses ennemis un « espoir de vengeance ». Une rémission générale des peines est donc promulguée. Seul en est excepté Shunkan, exilé sur l’île aux Démons (Iô-ga-shima, l’île au Soufre). C’est là que se place l’un des épisodes les plus fameux du livre, la rage impuissante du prélat et la folie qui s’empare de lui lorsqu’il voit s’éloigner ses compagnons d’exil graciés; un nô fameux et plusieurs pièces de théâtre s’en sont inspirés.

1a97065f50beaaa04d7ab3e3a6715480l'exil de Shunkan sur l'île aux Démons (image Internet)

Enfin naît le Prince qui bientôt, contrairement à tous les précédents « de notre Empire et d’étrange pays » sera proclamé Empereur à l’âge de quelques mois. L’orgueilleuse  Maison est à l’apogée de sa fortune et, pour reprendre une parole du Grand Conseiller Tokitada, beau-frère de Kiyomori « quiconque n’appartient à notre Maison doit être tenu pour moins qu’un homme » (…)"

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

A SUIVRE...

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A propos du Dit des Heike...

Ecoutons maintenant René Sieffert qui va nous donner une (…) "rapide analyse qui permettra de mieux comprendre à la lecture cet ouvrage à la fois dense et touffu.

220px-Minamoto_no_YoshitomoMinamoto no Yoshitomo (Image internet)

 

Dans les premiers jours de l’an II de Heiji (1160), Taïra no Kiyomori, chef de clan des Heike, se retrouvait maître absolu de la Ville et du Palais par l’élimination, non seulement de ses adversaires, Fujiwara no Nobuyori et Minamoto no Yoshitomo, mais aussi de son plus redoutable allié, le Bas Conseiller Religieux Shinsei. Désormais son ascension sera rapide (…)

[Taïra no Kiyomori] n’a plus désormais aucune raison de dissimuler ses ambitions. Ce qu’il veut, c’est supplanter purement et simplement les Fujiwara, en s’appropriant des offices qui pendant des siècles furent leur  privilège. Il suit pour la forme un cursus honorum singulièrement accéléré, pour devenir en 1167 Grand Ministre. De ce jour et jusqu’à sa mort, il exercera un pouvoir absolu que personne n’osera lui contester,  pas même les Genji des provinces dont la plupart se sont ralliés, au moins en apparence. Usant d’un autre procédé cher aux Fujiwara, il fera de l’une de ses filles une nyôgo, une épouse impériale, puis lorsqu’elle aura mis au monde un Prince, il fera, toujours dans la meilleure tradition des Fujiwara, abdiquer son gendre au profit de l’enfant que la postérité connaitra sous le nom d’Antoku-Tennô. Comme les Fujiwara encore, ses fils graviront les échelons des commandements de la garde et du conseil privé et l’aîné, Shigémori, sera bientôt Ministre tandis que les autres membres du clan se partagent les offices et prébendes, et notamment les gouvernements de plus de la moitié des soixante-dix provinces."

 

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

A suivre...

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A PARTIR DU DIT DES HEIKE CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Pour une meilleure écoute de la conférence de M. Arnaud Brotons, le 29 avril 2017, à 14h30, relisons l'introduction de René Sieffert à sa traduction du Dit des Heike

 

Introduction

« Après Le Dit de Hôgen, Le Dit de Heiji voici Le Dit des Heiké, le troisième volet de la grande trilogie épique du Moyen Age japonais. Mais tandis que les deux premiers se présentent presque à la manière d’une tragédie classique française, jusque dans l’application, à peu de choses près, de la règle des trois unités, le dernier est d’une toute autre ampleur, et par les événements qu’il relate, et par la durée que recouvre le récit, et surtout par le dessein qu’il traduit. Il ne s’agit plus, en effet, d’intrigues de palais ou de coups d’Etat, suivis de furieux combats où chacun des adversaires joue son va-tout en quelques heures, mais de la description souvent minutieuse et toujours savamment structurée d’un jeu politique et stratégique qui s’étend au pays tout entier. Car l’enjeu n’est plus le contrôle par une coterie d’une machinerie administrative dont l’efficacité, en ce XIIe siècle, est déjà singulièrement émoussée, mais le pouvoir absolu et la possession  effective des terres lointaines aussi bien que de la Ville.

Car si celle-ci reste la capitale, le centre et le foyer de toute culture, sa prééminence politique sera contestée à deux reprises par les Heiké, qui chercheront d’abord à déplacer le siège du gouvernement dans une tentative vite avortée de construire une ville nouvelle à Fukuhara (sur le site actuel de Kobé), et qui plus tard chassés de la capitale par Minamoto no Yoshinaka, entraineront dans leur retraite l’Empereur enfant et les regalia  pour soutenir le principe que la capitale est là où se trouve le Souverain et les insignes de son pouvoir. En fait, rien ne sera définitivement joué tant que leur armée ne sera pas écrasée et eux-mêmes massacrés jusqu’au dernier, car ils pourront, presque  jusqu’à la fin, s’appuyer sur les fiefs et domaines qu’ils se sont appropriés dans les provinces occidentales.

imagesLe mon des Heike (image internet)

C’est donc non seulement la prise de pouvoir par une nouvelle classe dominante, celle des bushi, des gens de guerre, qui tiendront le haut du pavé jusqu’en 1868, mais aussi l’irruption brutale de la province dans la vie politique de l’Empire et, nous le verrons, la prise de conscience d’une certaine unité de culture, dont Le Dit des Heiké nous apporte un témoignage précieux. Et cet ouvrage même, par sa diffusion et son extrême popularité pendant des siècles, jouera, à son tour un rôle de premier plan dans cette prise de conscience en contribuant notamment à la création d’une langue  commune qui va devenir une nouvelle langue littéraire et se substituer progressivement et sans heurt aux dialectes régionaux.

Ces faits, et d’autres encore, font que Le Dit des Heiké est sans aucun doute l’œuvre la plus importante des lettres japonaises, sinon d’un point de vue strictement littéraire, du moins par l’influence durable et déterminante qu’il exerça dans la formation d’une langue et d’une littérature modernes….. »

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

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SAMEDI 29 AVRIL 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE : LE DIT DES HEIKE ET LA NAISSANCE DU JAPON MEDIEVAL

l'Association France japon - chaire Kawabata vous invite à venir

assister à la conférence d'Arnaud Brotons,

Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille

 

"La cour impériale de Heian, située dans l’actuelle Kyôto, connaît pour la première fois de son histoire le tumulte d’affrontements violents au cours du XIIe siècle. La brutalité des combats plongent la noblesse et la cour dans la stupéfaction. Ces combats annoncent le monde féodal incarné par le guerrier, le samouraï, qui apparaît pour les élites nobiliaires tout à la fois comme un rustre méprisable et un allié indispensable pour préserver ou rétablir l’ordre. Ces combats donnèrent naissance à une littérature épique dans laquelle le courage guerrier et la fidélité de ces hommes sont exaltés. C’est aussi à travers ces récit que se fait jour un questionnement sur la place qu’il convient de donner au glaive par rapport au trône royal. 

A travers le récit de ces événements, qui marquèrent l’entrée dans le Moyen âge japonais, nous nous intéresserons plus particulièrement aux liens qui se nouèrent entre le guerrier et le souverain. "

 

Taira no KiyomoriTaira no Kiyomori (118-1181)

(Image Internet)

 

Pour bien situer Le Dit des Heike reportons nous à l'introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

 

Le cycle épique des Taïra et des Minamoto

 

C’est écrit R.Sieffert « un ensemble de textes qui ont joué un rôle primordial dans l’histoire des lettres et de la civilisation japonaises. Il s’agit de la version épique des événements qui ont bouleversé les structures politiques et sociales du Japon dans la seconde moitié du XIIe siècle, à savoir l’intrusion dans la vie politique de deux clans guerriers des Taïra (ou Heike) et des Minamoto (ou Genji) et de leur affrontement pour le contrôle d’un pouvoir qu’ils avaient arraché au clan aristocratique des Fujiwara, étroitement lié à la Maison Impériale.

 

 

La grande trilogie classique comprend : Hôgen monogatari, Heiji monogatari, Heiké monogatari.

 

 

Le premier, Le Dit de Hôgen, relate les désordres qui suivirent, l’an premier de l’ère Hôgen (1156),  la mort de l’ancien Empereur Toba.

 

Le Dit de Heiji est l’histoire d’une tentative manquée de coup d’Etat, l’an premier de Heiji (1159) qui se termina par la prise de pouvoir de Taïra no Kiyomori (1118-1181) et l’élimination des Minamoto pour plus de vingt ans.

 

Le Dit des Heiké, enfin conte l’irrésistible ascension des Heiké, leur pouvoir absolu jusqu’à la mort de Kiyomori, le soulèvement des Genji, l’écrasement définitif des Heiké et l’instauration d’un nouveau  système politique, le gouvernement des shôgun de Kamakura au bénéfice des Minamoto no Yoritomo (1147-1199). »

 

 

 

 

 

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PROCHAINE INVITATION A LA CONFERENCE DE M. ARNAUD BROTONS LE 29 AVRIL 2017 14H30 BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

CV DE M. ARNAUD BROTONS, CONFERENCIER

 

 

Après un D.E.A : Commentaires et analyse des pèlerinages à Kumano de l'empereur retiré Gotoba ; sous la direction de M. François Macé (INALCO) en 1995,

Arnaud Brotons a été Boursier du gouvernement japonais, Ecole doctorale (Histoire culturelle du bouddhisme au Japon) à l'Université d'Ôtani (Kyôto) de 1995 à 2000.

Puis a soutenu une thèse de doctorat en 2002 - INALCO : Lieu saint et société : anthropologie  religieuse de Kumano entre le VIIIe et le XIe siècle.

 

Parcours professionnel

Après avoir été chargé de cours à l’Inalco puis à l’Université Paris-Diderot, Paris 7

Arnaud Brotons est actuellement, Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille.

Laboratoire de rattachement : UMR 7306 – Instituts de Recherches Asiatiques (IrAsia –

Marseille-Aix)

 

Domaines de spécialité :

Etudes japonaises, histoire ancienne et médiévale du Japon, anthropologie historique,

fait religieux.

 

Publications d’articles et édition d’ouvrages

Etudes japonaises, histoire ancienne et médiévale du Japon, anthropologie historique, fait religieux.

-2011

    - « La condamnation du moine Hônen dans le Japon du XIIIe siècle. La cour impériale pouvait-elle faire autrement ? » in Etat, religion et répression en Asie — Chine, Corée, Japon, Vietnam (XIIIe-XXIe siècles), ss la dir. de Arnaud Brotons, Yannick Bruneton et Nathalie Kouamé, Karthala, Paris, p. 29-71.

 -  Introduction à l’ouvrage De l’épopée au Japon : narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike, ss la dir. de Claire-Akiko Brisset, Arnaud Brotons et Daniel Struve, Riveneuve éditions, p. 9-33.

   - « Les sanctuaires de Kumano dans le Dit des Heike : un lieu pour les morts ? »in De l’épopée au Japon : narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike, ss la dir. de Claire-Akiko Brisset, Arnaud Brotons et Daniel Struve, Riveneuve éditions, p. 71-96.

 

- 2015

« Le souverain comme bouddha salvateur dans les lettres de vœux, ganmon, du IXe siècle » in Japon pluriel 10, Philippe Picquier, p. 297-306. (actes du Xe colloque de la SFEJ – Toulouse 12/2012)

« Les territoires de la mort et de la renaissance dans les mythes japonais » in Mythes, rites et émotions : les funérailles le long de la Route de la soie, ss la direction de Anna Caisozzo, éd. H. Champion (coll. Bibliothèque des religions, anthropologie et histoire), Paris. A paraître.

 

Édition d’ouvrages collectifs

 

Japon Pluriel 7. Actes du septième colloque de la Société Française des Etudes Japonaises, sous la dir. de Arnaud Brotons et Christian Galan, édition Philippe Picquier, Arles, 512 p. 2007.

 

Etat, religion et répression en Asie — Chine, Corée, Japon, Vietnam (XIIIe-XXIe siècles), sous la dir. de Arnaud Brotons, Yannick Bruneton et Nathalie Kouamé, Karthala, Paris, 2011.

 

De l’épopée au Japon : narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike, sous la dir. de Claire-Akiko Brisset, Arnaud Brotons et Daniel Struve, Riveneuve éditions, 2011.

 

 

 

Parallèlement,

     Arnaud Brotons a été organisateur de nombreuses journées d’études et de colloques. Il  effectue également  de nombreuses communications en France et au Japon ainsi que des traductions en japonais.

     Dans le cadre de sa fonction universitaire, il participe à des jurys de thèse, et des directions scientifiques.

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SAMEDI 29 AVRIL 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE : LE DIT DES HEIKE ET LA NAISSANCE DU JAPON MEDIEVAL

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE PERMETTANT DE MIEUX APPRECIER LA CONFERENCE

OU

DE L'APPROFONDIR DANS UN DEUXIEME TEMPS

 

41Pue9PfCfL

Le Dit de Hôgen ; Le Dit de Heiji, traduit par René Sieffert, Paris, France, Publications orientalistes de France, 1976.
Le Dit des Heiké, traduit par René Sieffert, Paris, France, Publications orientalistes de France, 1976.
Brisset Claire-Akiko., Brotons Arnaud. et Struve Daniel, De l’épopée au Japon narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike, Paris, Riveneuve, 2011.
Butler Kenneth Dean, « The Textual Evolution of the Heike Monogatari », Harvard Journal of Asiatic Studies, 26, 1966, p. 5–51.
Shin’ichi Saeki, « Figures du samouraï dans l’histoire japonaise », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 63e année-4, 1 septembre 2008, p. 877‑894.
Frédéric Louis, La vie quotidienne au Japon à l’époque des Samourai: 1185-1603, Paris, France, Hachette, 1968.
Souyri Pierre et Musée du Château des ducs de Bretagne (Nantes), Samouraï: 1000 ans d’histoire du Japon, Rennes; Nantes, PUR ; les Éd. Château des ducs de Bretagne, 2014.
Souyri Pierre, Histoire du Japon médiéval: le monde à l’envers, Paris, France, Perrin, impr.  2013, 2013.

 

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SAMEDI 29 AVRIL 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE :LE DIT DES HEIKE ET LA NAISSANCE DU JAPON MEDIEVAL

 L'ASSOCIATION FRANCE JAPON-CHAIRE KAWABATA VOUS INVITE A LA CONFERENCE DE

M. ARNAUD BROTONS

MAITRE DE CONFERENCES A L' UNIVERSITE D'AIX MARSEILLE

 

HEIJI2

La cour impériale de Heian, située dans l’actuelle Kyôto, connaît pour la première fois de son histoire le tumulte d’affrontements violents au cours du XIIe siècle. La brutalité des combats plongent la noblesse et la cour dans la stupéfaction. Ces combats annoncent le monde féodal incarné par le guerrier, le samouraï, qui apparaît, pour les élites nobiliaires, tout à la fois comme un rustre méprisable et un allié indispensable pour préserver ou rétablir l’ordre. Ces combats donnèrent naissance à une littérature épique dans laquelle le courage guerrier et la fidélité de ces hommes sont exaltés. C’est aussi à travers ces récits que se fait jour un questionnement sur la place qu’il convient de donner au glaive par rapport au trône royale. 
A travers le récit de ces évènements, qui marquèrent l’entrée dans le Moyen âge japonais, nous nous intéresserons plus particulièrement aux liens qui se nouèrent entre le guerrier et le souverain.

 

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DEMAIN 25 MARS 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE NOTEZ LA CONFERENCE SUR LE SHINTÔ PAR M. F. MACE

 

 

François Macé, Professeur au Centre d'études japonaises de l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) présente

Omiya entre deux maisons

Omiya rizière et sanctuaire

waka hachiman kyôtoYabu torii - copie

Clichés François Macé

LE SHINTO

Le shintô, la voie des dieux, se présente volontiers comme la religion première du Japon qui aurait existé avant l'arrivée du bouddhisme et de la culture chinoise. Si les dieux, les kami, furent célébrés depuis longtemps, le shintô en tant que mouvement religieux conscient de sa différence d'avec le bouddhisme ne remonte guère avant le XIIIe siècle. Longtemps shintô et bouddhisme ont vécu en osmose. Il a fallu une violente campagne menée par l'Etat de Meiji pour les séparer  et imposer le "pur shintô" qui fut le shintô officiel jusqu'en 1945. On assiste actuellement, à un certain renouveau du shintô qui met en avant l'harmonie, la pureté, la communion avec la nature.

yabu offrandes jpeg - copieOmiya hokorawakahachiman pierre

Clichés François Macé

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CONFERENCE SUR LE SHINTÔ PAR M. F. MACE, PROFESSEUR A L'INALCO LE 25 MARS 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Terminons la lecture du texte de M. François Macé sur le Shinto dans le cadre

de sa prochaine conférence sur ce sujet

Le shintô et le système religieux japonais

Quoiqu’en disent certains de ses représentants, le shintô ne peut être compris en dehors de toutes les autres composantes du système religieux japonais. Si par un extraordinaire concours de circonstance des pratiques très anciennes ont pu survivre, c’est que d’une part parce que le bouddhisme n’a pas voulu ou pas pu supplanter les dieux  et que d’autre part, la politique religieuse de Meiji à 1945  créa un shintô moderne fier de sa spécificité au moment du choc de la modernité et de l’occidentalisation.

Omiya hokoraOmiya hokora, cliché  François Macé

Plutôt que de les nier, le bouddhisme a préféré englober les kami dans son explication du monde en leur laissant une sphère d’influence, les intérêts immédiats de ce bas monde, les récoltes, la fertilité, la richesse.

La permanence des cultes rendus aux kami permit aux dirigeants de Meiji de les mettre au service de l’unité nationale qu’ils voulaient créer. Mais ils s’efforcèrent de les présenter sous une forme honorable, présentable, par rapport aux normes occidentales de la bienséance. Les aspects les plus crus comme les cultes phalliques furent en partie camouflés.

Grâce à ce patronage officiel, des formes plus humbles ont pu survivre au choc de la modernisation. Mais par ailleurs, la symbiose qui existait auparavant entre bouddhisme et shintô demeura vivante dans les pratiques populaires. On continua d’invoquer dans le même élan les dieux et les bouddhas en cas de malheur.

Pourquoi ne pas évoquer en fin de compte, la puissance des dieux.  Non seulement les grands sanctuaires ont résisté à l’absorption complète par le bouddhisme, mais les humbles chapelles d’Inari se sont maintenues en pleine ville au sommet d’un immeuble, dans le coin d’un parking.

FIN

François Macé, Centre d’études japonaises de l’INALCO

in texte internet  Le shintô: une religion première au xxie siècle?

 

 

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CONFERENCE SUR LE SHINTÔ PAR M. F. MACE PROFESSEUR A L'INALCO LE 25 MARS 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Continuons la lecture du texte de M. François Macé sur le Shinto dans le cadre

de sa prochaine conférence sur ce sujet

 

 

Les pratiques populaires

 

Pour rendre compte de pratiques et de croyances populaires ignorées ou méprisées par le shintô officiel, des ethnologues ont récemment créé le terme de shintô populaire, minzoku shintô. Certains ne sont pas loin de croire qu’il s’agit là du shintô authentique. Il n’est pas question de rentrer dans la problématique biaisée de l’authenticité. Ce qui est important, c’est que ces études montrent un monde religieux d’une incroyable diversité, loin de l’uniformisation imposée par les formes officielles. Mais encore plus que les formes savantes, ces pratiques populaires ne peuvent être séparées des autres éléments du système religieux japonais et avant tout du bouddhisme. Comment parler du culte des pierres sans évoquer les statues bouddhiques qui semblent bien jouer un rôle homologue aux autres marqueurs du paysage que sont les statues des divinités des chemins par exemple.

 

Plutôt que de se limiter à ce qui relève strictement des kami, il préférable d’observer des pratiques sans trop s’attacher à leur étiquette.

 

yabu offrandes jpeg - copieYabu, offrandes-Cliché F. Macé

 

 

Inauguration

 

Encore une image relativement fréquente, celle d’un prêtre shintô dans ces vêtements de fonction, proche de la tenue des fonctionnaires du Japon antique de l’époque de Heian (794-1185), au milieu d’un paysage urbain contemporain avec immeubles, lignes électriques, circulation automobile. Il est en train de procéder au rite de pacification du sol Jichinsai. En dehors de l’aspect anecdotique du contraste entre la modernité de l’environnement et l’ancienneté du rite, l’important réside dans la continuité de celui-ci. Il n’y a aucune obligation mais on se sent mieux si le rite a été accompli avant la construction d’un bâtiment.

 

Le soir du nouvel an, des millions de personnes se rendent principalement dans les sanctuaires pour accomplir la « première visite, hatsumôde ». En plein Tôkyô, dans la forêt qui entoure le sanctuaire de Meiji, la foule est canalisée par la police avec des arrêts et des croisements comme pour une circulation automobile. On peut se demander à quelle divinité ils vont rendre hommage, il est peu probable que ce soit à l’empereur Meiji lui-même dont c’est pourtant le sanctuaire. Les mêmes personnes pourront aller le lendemain à un autre grand lieu de « première visite », le monastère Sensôji dans le quartier populaire d’Asakusa. On y vénère Kannon, le bodhisattva de la compassion. La presse est peut-être encore plus vive qu’au sanctuaire de Meiji. Kami et bodhisattva reçoivent le même hommage. On leur adresse le même vœux, une année heureuse.

 

Une relation particulière aux objets

 

Dans les sanctuaires d’une certaine importance, il n’est pas rare de voir un emplacement délimité par quatre bambous reliés par une corde de paille de riz, comme pour le rite de pacification du sol. Cet emplacement est réservé aux voitures que l’on y dépose pour qu’elle reçoive la protection des kami. À cette occasion, le prêtre récite une prière dans un style archaïque incompréhensible au commun des mortels mais bien destinée à l’automobile. Mais est-ce si particulier ? Ailleurs on baptise bien les bateaux. Pourtant on peut observer un traitement particulier des objets. J’ai déjà évoqué les arbres centenaires ou les rochers insolites. Le traitement s’étend aux objets fabriqués. L’époque d’Edo (1603-1868) a laissé de très belles illustrations d’objets animés ou hantés. Ces œuvres entrent plus dans le domaine du fantastique assumé comme catégorie artistique que dans celui des croyances. Il n’en reste pas moins que les objets ne sont pas toujours neutres. Cette conception donne lieu à des pratiques de précaution envers les vieux objets que l’on ne peut jeter sans égard. La coutume du hari kuyô, rite d’origine bouddhique pour les aiguilles des couturières qui ont fini leur vie d’aiguille est bien connu. Ces services d’inspiration bouddhique s’étendent aux vaches qui ont vaillamment servi en donnant leur lait pour tel fabriquant de produit lacté, ou aux cadavres anonymes qui ont servi dans les salles de dissection des facultés de médecine. On peut les interpréter comme une expression de la gratitude aussi bien qu’une précaution à prendre contre une vengeance possible. Il me semblerait forcé de les faire entrer dans la catégorie animisme.

Le shintô: une religion première au xxie siècle?

François Macé, Centre d’études japonaises de l’INALCO

A SUIVRE...

 

 

 

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CONFERENCE SUR LE SHINTÔ PAR M. F. MACE PROFESSEUR A L'INALCO LE 25 MARS 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Poursuivons la lecture du texte de M. François Macé sur le Shinto dans le cadre

de sa prochaine conférence sur ce sujet

Le shintô officiel, kokka shintô

Au lendemain de la défaite japonaise, dès décembre 1945, le shintô fut séparé de l’État par une directive de l’armée d’occupation américaine. Celle-ci a fait face à un dilemme. Il fallait punir le shintô d’avoir soutenu l’impérialisme japonais. On pensa même à l’interdire. Mais d’un autre côté, comment le supprimer sans mettre en danger le système impérial dont il constitue un élément central. Il y avait aussi l’obligation d’une certaine cohérente. Le vainqueur lui-même devait se soumettre aux nouvelles règles de liberté religieuse apportée par la démocratie qu’il voulait imposer.

Le shintô visé par cette directive est celui que l’on nomme depuis lors et rétrospectivement le shintô d’État, kokka shintô. De la fin du xixe siècle à 1945, on parlait plutôt du shintô des sanctuaires, jinja shintô pour le distinguer des courants de type nouvelles religions qualifiés de shintô des écoles, kyôha shintô.  Dans le premier cas, c’est le lieu, l’institution qui sont mis en avant, dans le second, le contenu de la croyance. Dans les deux cas, il n’est guère question des pratiques populaires non encadrées par un clergé. Ce que les folkloristes japonais ont appelé les croyances populaires était considéré comme des superstitions par la très grande majorité des autorités qu’elles soient administratives ou religieuses.

Le shintô officiel, soutien du système impérial (l’empereur est le descendant de la grande déesse solaire), fut créé pour forger l’unité nationale au moment de la restauration de Meiji. Il servit de religion civile au service de l’Etat. Les desservants des sanctuaires étaient des fonctionnaires. Un certain nombre de rites étaient obligatoires pour tous les sujets de l’empire quelle que soit leur religion. Le shintô dans ce contexte ne pouvait être que la religion première du Japon. Sa singularité et de sa supériorité s’exprime dans le slogan si souvent répété que le Japon est un pays divin.

waka hachiman kyôtoWakahachiman, Kyôto

visuel transmis par François Macé

C’est dans ce cadre du shintô officiel que s’organisa un des aspects les plus controversés du shintô contemporain, le culte rendu aux soldats mort pour l’empereur au sanctuaire de Yasukuni. Les récentes visites officielles du Premier ministre japonais à ce sanctuaire ont soulevé de vives polémiques en Asie orientale à cause surtout de la présence, parmi les morts pour la patrie, des criminels de guerre exécutés à l’issue du tribunal de Tôkyô. Il s’agit d’une création de la deuxième moitié du xixe siècle qui ne correspondait à aucune pratique antérieure, la divinisation des soldats morts au combat. Mais cette divinisation ne s’accompagne d’aucun discours sur un quelconque paradis du type Walhalla, ou une autre forme d’existence que celle d’être l’objet d’un culte dans ce sanctuaire. Le Yasukuni et les sanctuaires départementaux qui dépendaient de lui, jouaient le rôle des monuments aux morts de la tradition républicaine française avec la même connotation patriotique.

Le terme de shintô employé actuellement renvoie pour l’immense majorité des Japonais à ce shintô qui fut officiel avant-guerre et qui perdure dans les sanctuaires. La plus grande partie de ceux-ci sont affiliés à une association ,le Jinja honchô (le siège central des sanctuaires), qui s’affiche clairement comme l’héritière du shintô d’État. Elle œuvre pour une reconnaissance officielle au moins partielle du shintô en réaction contre la séparation du religieux et du politique imposé par les Américains.

Longtemps le monde du shintô institutionnel n’a guère eu de succès auprès du grand public. Les souvenirs de la guerre et des contraintes qu’il imposait étaient trop présents. Mais depuis une vingtaine d’années, le nombre de publications relatives au shintô augmente régulièrement, surtout celles qui visent un large public et qui se réclament peu ou prou du shintô officiel. Elles offrent une image très lisse d’un shintô en harmonie avec la nature.

In   Le shintô: une religion première au xxie siècle? (texte sur  internet

François Macé, Centre d’études japonaises de l’INALCO

 

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L'ASSOCIATION FRANCE-JAPON VOUS INVITE A LA PROCHAINE CONFERENCE DE M. MACE SUR LE SHINTO 25/03/ 2017 BIBLIOTHEQUE NUCERA, NICE

Nous poursuivons le texte de M. François Macé,

Professeur au Centre d’études japonaises de l’INALCO

Le shintô: une religion première au xxie siècle?

Animisme, Animisumu

Reste donc l’animisme. Avec le renouveau de fierté nationale qui a accompagné la haute croissance et les succès économiques, le shintô est réapparu comme un élément central de la spécificité japonaise dont il ne fallait plus avoir honte. C’est à ce moment-là que certains essayistes ont repris le terme d’animisme, animisumu en japonais, pour en tirer gloire face à l’Occident.  Cet animisumu correspond à une vision assez angélique d’un Japon où régnerait le respect de la nature, où la fusion avec celle-ci serait totale, où l’harmonie des rapports humains serait homologue à celle qui règne entre les hommes et la nature (dans ces discours, le concept de nature est pris à l’Occident pour se distinguer de ce dernier).

L’emploi présent du terme d’animisme au Japon est curieux. Ce n’est pas, bien évidemment, dans l’acception que lui a donnée récemment Descola. Ce n’est pas non plus dans celui assez péjoratif qu’il avait jusqu’à présent dans l’histoire des idées religieuses. Il y désignait un système de croyance antérieur aux polythéismes où tout  objet naturel ou fabriqué serait détenteur d’une force ou d’un esprit. Cette dernière utilisation était bien connue au Japon depuis longtemps. Kume Kunitake (1839-1931) avait fait scandale en 1891 à cause d’un article intitulé « Le Shintô, une vieille coutume de célébration du Ciel » où il comparait le shintô aux religions primitives décrites par les spécialistes occidentaux des religions. Un peu plus tard, Katô Genchi (1873-1965), professeur à l’Université impériale de Tôkyô, reprendra le terme dans les années trente du xxe siècle. Il lui trouvera une place dans le shintô mais comme vestige d’une étape dans la construction de celui-ci. Pour lui, le shintô aurait le privilège de regrouper et de garder vivants tous les éléments du développement religieux depuis les formes les plus primitives jusqu’aux élévations des grandes religions. Il pensait au bouddhisme et surtout au christianisme.

Je ne suis pas sûr que ceux qui l’emploient actuellement au Japon connaissent cet arrière-plan. Pour eux, il s’agit plutôt de prendre un terme qui leur permette de mieux s’opposer à la vision qu’ils ont de l’Occident, celle d’une opposition tranchée entre la culture et la nature, opposition qu’ils rattachent à la prééminence du christianisme, religion monothéiste comme chacun sait.

 

Omiya hokora entre deux maisonsOmiya, entre deux maisons

Visuel François Macé

Des approches différentes

Je suis bien conscient que la critique des définitions relève un peu de la facilité, et que de plus il peut être tout à fait légitime d’employer des termes étrangers à une époque ou à une culture pour la décrire, sinon il ne pourrait y avoir qu’une juxtaposition de monographies incompréhensible à tous ceux qui n’auraient pas acquis les connaissances linguistiques ou historiques nécessaires. Il n’empêche, je persiste à penser que ces définitions ne sont pas adéquates et que sans en avoir l’air, elles portent un message idéologique dont il faut être conscient même quand on se revendique animiste.

Si les définitions courantes sont récusées, il faut bien essayer de proposer autre chose. Pour ce faire, je pense qu’il est nécessaire de bien sérier les emplois du mot shintô d’une part, et d’autre part d’élargir le regard à l’ensemble des attitudes religieuses par-delà les étiquettes.

 

 In texte internet de M. François Macé

A SUIVRE...

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BIBLIOTHEQUE NUCERA, NICE, SAMEDI 25 MARS 2017 A 14H30, FRANCOIS MACE DONNERA UNE CONFERENCE SUR LE SHINTO

 Nous allons poursuivre la lecture du texte de M. François Macé sur le Shinto en prélude à la conférence du 25 mars 14h30,  Bibliothèque Nucera à Nice

wakahachiman pierrewakahachiman, pierre

image transmise par F.Macé

Nature, shizen

Le culte de la nature pose encore plus de problème puisque comme pour toute religion, le concept de nature utilisé actuellement au Japon, est d’origine occidentale. En outre, les termes japonais, qui lui correspondaient en partie avant son adoption, sont eux d’origine chinoise. S’il est exclu de chercher au Japon un culte de la Nature qui n’existe sans doute nulle part, il n’en reste pas moins que certains objets naturels sont toujours vénérés au Japon.

Il suffit de voyager un peu au Japon, ou même de feuilleter quelques recueils de photos pour trouver des marques d’un culte à certains aspects de la nature, les plus connus sont les arbres et les rochers. Tout le monde, ou presque, a en souvenir la photographie d’un arbre vénérable entouré d’une corde de paille de riz qui le sépare du monde profane et le range dans l’espace sacré. Les gens du shintô le nomment shinmoku, arbre des dieux. Je ne peux m’empêcher de le rapprocher des arbres aux fées. Autre cliché, celui de deux rochers dans la mer, entourés chacun d’une corde mais surtout relié entre eux, lien bien naturel puisqu’ils sont considérés comme mari et femme. Dans le même ordre d’idée, on fait souvent remarquer que les sanctuaires du shintô sont souvent entourés d’arbres. Ces arbres sont comme des portions d’une forêt qui semble indispensable au confort des dieux. Le terme même de mori, bois, forêt, servait aussi à désigner l’enclos des sanctuaires. Les bois sacrés des Romains ne sont pas loin.

Mais à y regarder de plus près, les éléments naturels qui connaissent le plus succès, sont, comme on pouvait s’y attendre, ceux qui entretiennent un rapport direct avec les hommes et leur survie, l’eau des sources et la pluie pour les rizières, le feu avec son ambivalence, le soleil bien sûr. Mais d’une part, il ne s’agit qu’assez exceptionnellement de l’élément naturel divinisé tel quel. Le soleil est une déesse célébrée dans un sanctuaire à Ise. Elle fut longtemps perçue comme la déesse d’Ise. Elle est aussi l’ancêtre de la maison impériale. Le dieu de la montagne, yama no kami, maître de l’eau et des animaux sauvage peut descendre dans les vallées et devenir dieu des rizières. D’autre part, il reste difficile de réduire le shintô à ce seul aspect. Les trois dieux qui sont célébré dans le plus grand nombre de sanctuaires ne sont pas des éléments naturels divinisés. Hachiman, divinité fort complexe partie du nord de Kyûshû, est devenu le dieu tutélaire du principal clan de guerriers au Moyen-Age. Tenjin, un des très rares hommes divinisés de la période antique, est considéré comme le patron des lettrés, mais il est aussi guérisseur. Inari, le plus populaire, était à l’origine une divinité du riz, mais très tôt, il a été invoqué pour toutes sortes de motifs. Comme la plupart des dieux, il est polyvalent au point que son lien avec le riz peut maintenant paraître secondaire. Tous les trois ont entretenu des liens fort étroits avec le bouddhisme. Hachiman fut honoré du titre de bodhisattva, Inari, assimilé à une divinité du bouddhisme Dakiniten, fut en partie patronné par une branche du zen. Tenjin est célébré dans un sanctuaire dont l’architecture est d’inspiration bouddhique, gongenzukuri.

 

Culte des ancêtres, sosen sûhai

Le terme de culte des ancêtres rappelle aussi bien en français qu’en japonais (c’est encore un terme de traduction), le système religieux chinois. Celui-ci a pénétré au Japon avec sa composante confucianiste assez peu marquée en surface (rien de comparable avec le cas coréen), et son volet bouddhique au contraire  très présent. La quasi-totalité des rites funéraires et en l’honneur des défunts est bouddhique depuis le viiie siècle pour les élites et un ou deux siècles plus tard pour l’ensemble de la population. Que sous les rites et les conceptions bouddhiques, d’autres éléments confucéens ou indigènes aient pu continuer d’exister est une évidence. Mais cela ne remet pas en cause le fait massif de la domination absolue du bouddhisme dans ce domaine.

Du côté du shintô proprement dit, on voit se multiplier les déifications d’hommes éminents à partir de la fin du xvie siècle. Le phénomène était extrêmement rare auparavant. Jusqu’au xixe siècle, les empereurs décédés eux-mêmes n’ont pas été considérés comme des divinités à célébrer comme des dieux. L’hommage qui leur était rendu se faisait dans le cadre du bouddhisme. C’est l’empereur Meiji (1868-1912) qui rompit cette tradition. Il fit construire plusieurs sanctuaires en l’honneur de certains de ses prédécesseurs à commencer par son premier ancêtre humain le (légendaire) empereur Jinmu. L’empereur Meiji fut aussi le premier souverain à recevoir un culte dans un sanctuaire aussitôt après sa mort.

Les tentatives pour promouvoir des funérailles shintô au sein de la population à partir de la restauration de Meiji n’ont pas réussi à remettre en cause le quasi-monopole du bouddhisme dans ce domaine. Ces funérailles restent aussi marginales que les cérémonies chrétiennes.

Les études d’ethno-folklore depuis le début du xxe siècle ont parfois interprété les divinités villageoises comme la communauté des ancêtres qui arrivés au terme d’un processus de dépersonnalisation  fusionneraient en une entité divine. La diversité des formes divines au Japon ne permet d’affirmer que cette hypothèse est entièrement gratuite. Pourtant, les exemples de divinités liées à un lieu plus qu’à un clan ou une communauté sont au moins aussi importants. De plus, pour les divinités claniques, les traditions font le plus souvent référence à une divinité ancêtre et qu’à un ancêtre divinisé.

in Le shintô: une religion première au xxie siècle?

François Macé, Centre d’études japonaises de l’INALCO

A suivre...

 

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SAMEDI 25 MARS 2017 A 14H30 : CONFERENCE SUR LE SHINTO, BIBLIOTHEQUE NUCERA, NICE

Monsieur François Macé, professeur à l'INALCO, 

tiendra une conférence sur "Le Shintô, la voie des dieux"

Poursuivons la lecture du texte  de M. François Macé

Le Shintô une religion première au XXI e siècle

paru sur Internet

Religion, shûkyô

Le concept de religion est encore plus récent au Japon. C’est un terme de traduction adopté au xixe siècle pour rendre compte de la réalité occidentale. Il servit ensuite à penser un certain nombre d’éléments de la culture japonaise en fonction de ce nouveau critère de civilisation. Toute civilisation se doit de posséder une  religion. Le Japon se retrouva donc avec deux religions : bouddhisme, le shintô, l’une d’origine étrangère, l’autre autochtone. Au moment de la restauration de Meiji en 1868, certains dirigeants pensèrent pouvoir imposer le shintô comme unique et véritable religion du Japon. Les mesures en ce sens firent long feu. Le gouvernement fut obligé de reconnaître que le bouddhisme sous ses diverses formes représentait l’écrasante majorité de la population. Il dut aussi accepter le christianisme sous la pression des puissances occidentales. Le terme de religion employé alors recouvre les conceptions occidentales. Le shintô officiel ne fut plus inclus dans cette définition. Émanation de l’essence nationale, il était situé au-dessus des religions.

Une autre composante de la culture japonaise antérieure était exclue de la définition restrictive de la religion, c’est le confucianisme. Il était associé depuis le xive siècle au shintô et au bouddhisme dans le groupe des trois enseignements, sankyô. Autrement dit, longtemps pour la majorité des Japonais les différents enseignements n’avaient rien d’exclusif. Ce n’est pas parce que l’on croyait aux bouddhas pour les fins dernières, que l’on allait délaisser les kami pour les préoccupations d’ici-bas, ni que l’on ne suivait pas les préceptes de morale sociale véhiculés par le confucianisme. Les mouvements qui déniaient toute légitimité ou vérité aux autres enseignements furent l’exception dans l’histoire japonaise à tel point que l’on pourrait parler d’un système religieux composé d’éléments complémentaires et interactifs. Le terme de religion est donc trompeur quand il est appliqué à une seule de ces composantes qui ne recouvraient le plus souvent qu’une partie de ce que nous avons l’habitude de considérer comme le champ du religieux.

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Meoto iwa, les rochers mariés, Futami (Préfecture de Mie)

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Premières mentions du terme shintô

S’il est incontestable que parmi les trois enseignements un seul était d’origine japonaise, le shintô, il ne faut pas oublier que depuis le vie siècle au moins il cohabite avec les deux autres. Bien évidemment on célèbre des kami au Japon depuis fort longtemps, mais en dehors de rares vestiges archéologiques difficilement interprétables, les premières sources écrites nous renseignant sur les croyances japonaises datent du début du viiie siècle, c’est-à-dire plus d’un siècle et demi après l’introduction du bouddhisme. De plus, il est à noter que les premières mentions du terme shintô, voie des dieux, sont comprises dans des passages où l’on oppose ou associe cette voie des dieux à celle des bouddhas. En outre, une grande partie des croyances ayant eu cours avant l’arrivée du bouddhisme ont disparu, ou ont été complètement réorientées du fait de sa présence. Autrement dit, nous ne connaissons que très partiellement l’état des croyances avant l’arrivée du bouddhisme et les emprunts massifs à la civilisation chinoise si bien qu’il est très difficile de dire que tel ou tel élément remonte aux temps préhistoriques. Enfin, au Japon comme ailleurs, il est illusoire de vouloir parler d’une religion première. Est-ce celle de l’époque Yayoi (ive siècle avant notre ère - début iiie siècle de notre ère) qui vit l’expansion de la riziculture inondée ? ou encore celle de Jômon xe siècle – iiie siècle avant notre ère) durant laquelle purent éclore plusieurs cultures de cueilleurs-chasseurs ? ou seulement celle des Kofun (iiie siècle – ve siècle), dominée par une aristocratie guerrière, la plus proche des temps historiques ?

L’emploi de ce qualificatif de première n’est bien évidemment pas innocent. Les tenants du shintô est le définissant ainsi lui donne une antériorité, et donc une légitimité, incontestable à leurs yeux sur le bouddhisme ou le christianisme. Si l’on voulait rentrer dans ce jeu, il faudrait rechercher dans le shintô contemporain les éléments dits primitifs en éliminant les autres, ceux qui sont issus d’une longue cohabitation avec le bouddhisme, le confucianisme, le taoïsme et même le christianisme. Le jeu serait vain et cruel.

A suivre...

Posté par Chantal Fromont à 20:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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CONFERENCE DE M. F. MACE SUR LE SHINTÔ LE 25 MARS 2017, 14H30, BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

Notez la prochaine conférence de M. François Macé, Professeur à l'Inalco,

invité par l'Association France Japon-Chaire Kawabata,

Bibliothèque Nucéra le 25 mars 2017, à 14h30

(entrée libre dans la mesure des places disponible)

 

 

Lisons Monsieur François Macé parlant du Shintô.

Texte paru sur Internet Le shintô: une religion première au xxie siècle?

 

Des définitions ambiguës

Les dictionnaires et les journaux reprennent sans hésitation des définitions simples et claires en apparence : le shintô est la religion première du Japon, c’est une religion qui vénère la nature et les ancêtres, c’est une sorte d’animisme. Certes, il est toujours difficile de définir un objet aussi complexe qu’un système religieux en quelques mots. Mais le problème se complique dans le cas du Japon non seulement par l’emploi de concepts européens pour définir une réalité longtemps perçue comme exotique, mais aussi par l’intériorisation au Japon de certaines catégories occidentales comme la religion et par le détournement de certains concepts comme celui d’animisme.

Tous les termes des définitions ordinaires que je viens de citer sont problématiques sans être pourtant entièrement faux. Je voudrais revenir sur chacun d’eux.

 

Omiya rizière et sanctuaire

Omiya rizière et sanctuaire

(visuel transmis par M.François Macé)

Shintô, la voie des dieux

Au sens strict de courant religieux se désignant lui-même comme tel, le shintô ne peut remonter au-delà du xiiie siècle. Il ne désigne alors que des courants de lettrés souhaitant doter le Japon d’un courant religieux comparable au bouddhisme avec des livres sacrés et une théologie. Auparavant les textes parlent des dieux, des rites, des sanctuaires, des mythes. Mais le système qui les sous-tendait ne peut être reconstitué qu’à posteriori. Aucune source ne nous renseigne sur une quelconque théologie, ou sur une quelconque tentative d’explication systématique du monde construite en un discours ordonné.  Fort probablement, personne n’en éprouvait le besoin. Ce qu’on appelle parfois par facilité le shintô primitif, ou pré-bouddhique n’est qu’une façon de parler d’un état des croyances japonaises que l’on ne connaît que très imparfaitement. Cette façon de faire renforce l’affirmation de continuité depuis les origines jusqu’aux temps présents. En fait, ce n’est pas parce qu’une divinité est attestée très anciennement que le système de croyance qui l’accompagne est resté inchangé.

L’emploi de / (chinois dao), la voie, dans le mot shintô laisse entendre une démarche réfléchie conduisant à l’accomplissement personnel. Le terme et le concept viennent de Chine où ils s’appliquaient aussi bien au bouddhisme, au confucianisme qu’au taoïsme qui en tire son nom. Rien ne permet de penser qu’il existât de telles préoccupations dans les croyances japonaises antérieures au bouddhisme.

A suivre...

Posté par Chantal Fromont à 11:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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