CONFERENCE DU 27 AVRIL 2019 A 14H30 

"LE JAPON SOUS L'OBJECTIF DE NICOLAS BOUVIER"PAR JULIEN BEAL

BIBLIOTHEQUE NUCERA, NICE

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"LE JAPON SOUS L'OBJECTIF DE NICOLAS BOUVIER"

SUITE...

 

« Au fond, deux moyens seulement de mettre les choses en perspective : la pratique courante de la langue, et l’histoire du pays. Comme on ne peut pas faire de la grammaire, faisons de l’histoire ». De l’histoire il sera beaucoup question et de manière extrêmement documentée, dans les écrits sur le Japon de Bouvier, mais de grammaire, en apparence non. La langue japonaise est en revanche omniprésente, d’admirations en frustrations, d’apprentissages en rejets, Bouvier se heurte véritablement à cette langue. Il la parle suffisamment pour que, alliée au mime, elle puisse lui permettre d’entrer en contact et de converser à minima. Mais le véritable échange se refuse à lui et il semble que ce soit là la source d’une réelle souffrance. Bouvier n’est pas le premier à ressentir cette impuissance devant, non point tant la langue (car il y a des aspects faciles d’accès pour un francophone comme la phonétique ou le vocabulaire de base), mais au système logique de cette dernière dont le point névralgique est l’écriture. Michaux par exemple, qui a si souvent inspiré 

images

Exposition La Fenêtre (photographies de Nicolas Bouvier de ses différents voyages au Japon)

Collaboration avec le Musée de l’Élysée de Lausanne pour le festival Kyotographie en 2013, 

 stand du Japon au Salon du Livre à Genève en 2014

(Internet)

Bouvier, parle d’infirmité « Moi aussi, je fus au Japon. Infirme là-bas celui qui ne sait pas avec des signes/signifier ». Michaux parle même de honte parce qu’il n’a pas été capable de répondre, ni par les mots, ni par le dessin, à une très jeune fille qui venait de lui exprimer sa pensée par un dessin et lui tendait le crayon. Cette rencontre avec le dessin comme fondement d’un mode de pensée et de communication va bouleverser Michaux au point de l’amener à réapprendre le dessin et à s’y consacrer. Il y a un épisode similaire lors du premier séjour de Bouvier au Japon qu’il relate dans une lettre à Thierry Vernet datée du 23 novembre 1955.

Bouvier lui aussi, est subjugué par l’exotisme de l’écriture japonaise « la plus complexe du monde » dit-il, il prendra et publiera beaucoup de photographies de cette dernière. Mais il est surtout convaincu de n’être que spectateur de cette écriture, de ne pas être en mesure de se l’approprier. Or, s’il est possible de parler sans savoir ni lire, ni écrire, il est difficile de comprendre les rouages de la communication (même orale) au Japon sans apprendre l’écriture. Ces codes sociaux, cette étiquette maintes fois honnie par Bouvier, et source de tant de frustrations pour lui comme pour son épouse (mais pas pour Thomas leur fils, qui lui ne connait pas ces barrières linguistiques, ni ces freins à l’apprentissage de la langue et de l’écriture), ne sont compréhensibles et surtout acceptables que si les facultés de lire et d’écrire le Japonais sont acquises, même partiellement.

Dans « L’empire des signes », Bouvier reste, surtout par son « infirmité » non point seulement langagière mais bien graphique, aux yeux des Japonais comme un enfant (sauf aux yeux des personnes qui lors de son second séjour savent qu’il est père de famille car l’enfant est au Japon plus encore qu’ailleurs, un élément socialisant) et aussi bien l’indifférence comme la tendresse qu’il a pu ressentir sont très fortement liés à cette perception.

 

A SUIVRE...

 Julien Béal, Université Côte d’Azur,

Centre Transdisciplinaire et Epistémologique de la Littérature et des arts vivants