NOTEZ LA PROCHAINE CONFERENCE DU 23/02/19 A 14H30

" LE MONDE ETRANGE D'EDOGAWA RANPO" PAR GERALD PELOUX

AUDITORIUM DE LA BIBLIOTHEQUE NUCERA NICE

...

 

" LE MONDE ETRANGE D'EDOGAWA RANPO" 

A tous les fervents de romans policiers...

ero-guro-nansensuero-guro-nansensu (Cliché transmis par G.Peloux)

Les histoires de crimes n’ont jamais manqué au Japon. Les lecteurs des périodes précédant la restauration de Meiji (1868) pouvaient savourer les récits criminels d’origine chinoise.

Si les premiers textes traitant effectivement de crime commencent à être publiés au Japon à la fin des années 1870 sous la forme de traductions d’ouvrages européens, il faut attendre la décennie suivante et le journaliste Kuroiwa Ruikô (1862-1920) qui va submerger le champ littéraire de traductions d’œuvres criminelles occidentales. Ce premier âge d’or ne dure pas car Ruikô se tourne ensuite vers d’autres genres littéraires. Il faudra attendre les années 1920 et 1930 pour voir apparaître les véritables premiers écrivains spécialisés dans le genre.

C’est la rencontre entre cette production de traductions et les essais locaux par des auteurs confirmés tels Tanizaki Jun.ichirô (1886-1965) ou Akutagawa Ryûnosuke (1897-1927) qui est à l’origine de l’extraordinaire richesse du genre durant l’entre-deux-guerres. À partir de 1920, et surtout de 1923 avec la parution de La Pièce de deux sen (Nisen dôka), la première nouvelle d’Edogawa Ranpo (1894-1965), le roman policier s’impose comme le genre populaire par excellence. Le contexte culturel de ces années-là au Japon, marquées par la vogue de l’ero-guro-nansensu, mot-valise joignant érotisme, grotesque et nonsense, marque le style du roman policier jusqu’à nos jours. Plutôt que l’intrigue et sa résolution, ce sont les descriptions du crime, les scènes érotiques, souvent teintées de voyeurisme, une imagerie violente qui intéressent les écrivains (et sans doute encore plus les lecteurs) de l’époque. C’est un deuxième âge d’or, marqué par la quantité, la qualité, la diversité. Cependant, la guerre avec la Chine à partir de 1937 puis avec les États-Unis à partir de 1941 et la pression constante de la censure sur un genre jugé dangereux provoquent diverses attitudes parmi les écrivains : certains arrêtent d’écrire, certains se tournent vers des genres moins suspects, d’autres enfin collaborent plus ou moins ostensiblement.

Gérald Peloux,

Maître de Conférences en Civilisation Japonaise

Université de Cergy-Pontoise