Comprendre le Japon par sa langue : histoire et spécificités de la langue japonaise

par

Gérald PELOUX

Agrégé de langue et civilisation japonaises

Maître de conférences en civilisation japonaise  (Université de Cergy-Pontoise)

Suite et fin du texte précédent

Comme l’explique le linguiste japonais Kindaichi Haruhiko (The Japanese Language [Nippongo, 1957], Tuttle 1991, p.30-31), cette absence de lien visible avec une langue voisine a fait naître toute une série de théories sur l’origine de la langue japonaise :

 

Au milieu de l’ère Meiji [vers 1890] lorsque la linguistique occidentale fut introduite au Japon, l’origine de la langue japonaise devint le sujet de nombreux débats. Le japonais fut alors mis en relation avec presque toutes les langues connues : les langues des îles Ryûkyû [sud du Japon], le aïnou, le chinois, les langues tibéto-birmanes, les langues altaïques [turc, mongol, évenki, etc.], les langues ouraliennes [finnois, hongrois, nénètse, etc.], les langues môn-khmer, les langues malayo-polynésiennes [malgache, malais, tagalog, maori, tahitien, etc.]. Certains allèrent jusqu’à lier le japonais avec les langues indo-européennes et le grec. […] Yasuda Tokutarô pensait que le japonais était de la même famille linguistique que la langue des Lepchas, un peuple de l’Himalaya.  

 

Il faudrait ajouter à cet inventaire à la Prévert la théorie de l’origine dravidienne (tamoul) du japonais.

 

Et même si au XXIe siècle les théories les plus fantasques ne sont plus retenues, la question reste aujourd’hui ouverte. On considère prudemment que le japonais est un isolat, une langue qu’on ne peut lier de manière sûre et certaine avec une autre langue.

Image 3

 

 Fragment d’un bol retrouvé au sud du Japon portant la moitié gauche de周, un kanji (caractère chinois),

datant entre 300 av. J.C. et 300 ap. J.C (période Yayoi),

ce qui en ferait un des exemples les plus anciens d’écriture au Japon (information révélée début janvier 2018).