Invité par l'Association M. Gérald PELOUX,

Agrégé de langue et civilisation japonaises,

Maître de conférences en civilisation japonaises (Université de Cergy-Pontoise)

 

Présentera à la Bibliothèque Nucera la conférence

"Comprendre le Japon par sa langue : histoire et spécificités de la langue japonaise"

 

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Ôtsuki Gentaku, Rangaku kaitei (Introduction aux études hollandaises), 1788.

 

Le japonais, la langue du diable ?

 

Lorsque les Portugais et les Espagnols commencent à s’installer au Japon pour y faire du commerce mais surtout pour convertir le pays au christianisme, les Européens sont confrontés à une langue qu’ils n’hésitent pas à désigner comme la langue du diable. Complexité de la grammaire ? Difficulté de l’écriture ? Certes, mais il faut sans doute y voir plutôt un slogan « politique » utile pour désigner un peuple qui résiste aux tentatives des missionnaires (malgré des succès incontestables dans le sud-ouest de l’archipel). Les missionnaires ont en effet déjà rencontré d’autres langues tout aussi complexes sur leur parcours et le japonais n’est pas plus diabolique que le chinois ou que d’autres langues du continent américain.

Luis Frois, jésuite portugais (1532-1597) installé au Japon à la fin du XVIème siècle, écrit, de manière plus objective, à propos de la langue japonaise en 1585 :

1. Nous écrivons avec 22 lettres ; eux avec 48 dans l’abécédaire de cana [kana] et avec d’infinis caractères en divers types de lettres. […]

3. Nous écrivons en travers, de gauche à droite ; eux le font en hauteur, et toujours de droite à gauche.

4. Là où s’achèvent les dernières pages de nos livres, commencent les leurs. […]

14. Nos lettres ne peuvent exprimer de concepts que par un long développement ; celles du Japon sont très brèves et concises.

Luis Frois,

Européens & Japonais, traité sur les contradictions & différences de mœurs [1585],

Chandeigne, 2003, p.67-68