Le dit des Heiké, suite de l’introduction de René Shieffert...

 

"L’orgueilleuse  Maison est à l’apogée de sa fortune et, pour reprendre une parole du Grand Conseiller Tokitada, beau-frère de Kiyomori « quiconque n’appartient à notre Maison doit être tenu pour moins qu’un homme » (…)

 

Mais, et c’est ici le lieu de reprendre les termes de la préface de l’ouvrage, « ce qui prospère, nécessairement déchoit ; l’orgueilleux certes ne dure, tout juste pareil au songe d’une nuit de printemps », soudain Shigémori le Sage, l’espoir du clan, tombe malade. Persuadé que le dieu de Kumano à qui il a demandé comme une faveur de le faire mourir avant le déclin de sa Maison si les forfaits de son père devaient avoir de funestes conséquences, il refuse le secours de la médecine et trépasse. Kiyomori tout en le pleurant sincèrement, profite aussitôt de sa disparition pour bannir l’Empereur Moine dans sa villa de Toba, loin de la Cour et de ses tentations. Ainsi s’achève, avec le livre troisième, le premier acte du drame. Rien n’y manque, pas même, dans le deuil et la désolation qui marque la mort de  Shigémori, la joie des partisans du second fils Munémori.

portrait-of-taira-no-shigemoriShigemori le Sage (image internet)

Le second acte se joue dans les trois livres suivants, et se termine, au sixième, par la mort de Kiyomori. C’est d’abord la révolte inattendue d’un vieux Genji, Yorimasa, qui pourtant en Heiji avait opportunément trahi Yoshitomo en pleine bataille pour se rallier aux vainqueurs. Poussé à bout par l’insolence de Munémori, cet homme de soixante-dix ans , qui toute sa vie s’était signalé par sa prudence, encourage le second fils de Go-Shirakawa, le frère donc de l’Empereur qui vient d’abdiquer, à prendre la tête d’un complot destiné à le porter sur le trône. Malheureusement ce dessein est révélé trop tôt, et peut être aussi les Genji du Nord et de l’Est se défiaient ils de celui qui avait  jadis  trahi; toujours est-il que le Prince doit chercher refuge au monastère de Mii, sur les bords du lac Biwa. De là il cherchera à gagner Nara, la Ville du Sud, dont les grands monastères se sont ralliés à sa cause, mais il est tué, ainsi que Yorimasa et ses fils, à la bataille du pont d’Uji qui est probablement la première grande bataille  de l’histoire  du Japon. La charge furieuse des vingt-huit mille cavaliers des Heiké en direction du pont que l’ennemi avait coupé, puis la traversée à gué de la rivière en crue et le suicide de Yorimasa vaincu, ont abondamment inspiré peintres et dramaturges (un nô très apprécié retrace la mort du vieux guerrier)."

Taira_no_MunemoriTaïra no Munémori (image internet)

 

In Le Dit des Heike, Introduction de René Sieffert, Verdier/poche, 2012

A suivre...