Notez la prochaine conférence de M. François Macé, Professeur à l'Inalco,

invité par l'Association France Japon-Chaire Kawabata,

Bibliothèque Nucéra le 25 mars 2017, à 14h30

(entrée libre dans la mesure des places disponible)

 

 

Lisons Monsieur François Macé parlant du Shintô.

Texte paru sur Internet Le shintô: une religion première au xxie siècle?

 

Des définitions ambiguës

Les dictionnaires et les journaux reprennent sans hésitation des définitions simples et claires en apparence : le shintô est la religion première du Japon, c’est une religion qui vénère la nature et les ancêtres, c’est une sorte d’animisme. Certes, il est toujours difficile de définir un objet aussi complexe qu’un système religieux en quelques mots. Mais le problème se complique dans le cas du Japon non seulement par l’emploi de concepts européens pour définir une réalité longtemps perçue comme exotique, mais aussi par l’intériorisation au Japon de certaines catégories occidentales comme la religion et par le détournement de certains concepts comme celui d’animisme.

Tous les termes des définitions ordinaires que je viens de citer sont problématiques sans être pourtant entièrement faux. Je voudrais revenir sur chacun d’eux.

 

Omiya rizière et sanctuaire

Omiya rizière et sanctuaire

(visuel transmis par M.François Macé)

Shintô, la voie des dieux

Au sens strict de courant religieux se désignant lui-même comme tel, le shintô ne peut remonter au-delà du xiiie siècle. Il ne désigne alors que des courants de lettrés souhaitant doter le Japon d’un courant religieux comparable au bouddhisme avec des livres sacrés et une théologie. Auparavant les textes parlent des dieux, des rites, des sanctuaires, des mythes. Mais le système qui les sous-tendait ne peut être reconstitué qu’à posteriori. Aucune source ne nous renseigne sur une quelconque théologie, ou sur une quelconque tentative d’explication systématique du monde construite en un discours ordonné.  Fort probablement, personne n’en éprouvait le besoin. Ce qu’on appelle parfois par facilité le shintô primitif, ou pré-bouddhique n’est qu’une façon de parler d’un état des croyances japonaises que l’on ne connaît que très imparfaitement. Cette façon de faire renforce l’affirmation de continuité depuis les origines jusqu’aux temps présents. En fait, ce n’est pas parce qu’une divinité est attestée très anciennement que le système de croyance qui l’accompagne est resté inchangé.

L’emploi de / (chinois dao), la voie, dans le mot shintô laisse entendre une démarche réfléchie conduisant à l’accomplissement personnel. Le terme et le concept viennent de Chine où ils s’appliquaient aussi bien au bouddhisme, au confucianisme qu’au taoïsme qui en tire son nom. Rien ne permet de penser qu’il existât de telles préoccupations dans les croyances japonaises antérieures au bouddhisme.

A suivre...